1941 Mine sur une des îles Outpost
Le 1 er février 1941, une mine et une usine de traitement situées sur une petite île isolée sur le Grand lac des Esclaves commencent à produire de l’or. Six ans auparavant, on avait découvert des traces d’or sur plusieurs des îles Outpost, qui consistent en une douzaine de petites îles dispersées à l’extrémité ouest du bras Est du Grand lac des Esclaves, 65 kilomètres au nord-nord-est de Fort Resolution (carte).
De 1935 à 1938, d’importants travaux d’exploration sont effectués sur ces îles, y compris le fonçage d’un puits de 137 mètres (450 pieds) de profondeur. Le résultat est encourageant et la propriété est vendue à Slave Lake Gold Mines Limited. À la fin de 1940, l’entreprise procède à l’agrandissement des galeries de mine et commence la construction d’une usine de traitement d’une capacité de 50 tonnes et d’autres bâtiments connexes, dont des installations pour loger plus de 50 mineurs et leur famille.
Au moment d’extraire l’or, on découvre étonnamment du tungstène. Comme c’était la période de la Seconde Guerre mondiale, le tungstène, essentiel à la production d’armement et servant à durcir l’acier des outils, est d’une grande rareté. Par conséquent, l’avenir de la mine semble très prometteur.
À l’époque, la mine Outpost est la seule en Amérique du Nord a produire du tungstène. Toutefois, en 1942, la Slave Lake Gold Mines Limited fait faillite. Le fait que la mine soit située dans un endroit isolé, les coûts de traitement et d’expédition du minerai, même s’il contient de l’or de valeur et du tungstène, rendent les opérations précaires. Afin de pouvoir poursuivre ses activités, la mine doit trouver de nombreux investisseurs, très difficiles à trouver en temps de guerre.
Les signes avant-coureurs des problèmes de la mine apparaissent en 1942 lorsque des livraisons de fournitures et d’équipement, dont les commandes avaient été passées l’hiver précédent, ne sont pas effectuées car les fournisseurs ne sont pas payés par le siège social de Toronto. Les mineurs ne savent pas que la situation de la mine est précaire jusqu’au début d’août 1942 quand on leur remet un chèque de paie sans provision. Le directeur de la mine indique qu’il s’agit d’un problème temporaire, continue de faire travailler les employés sous-terre mais ferme l’usine de traitement.
Le 8 septembre 1942, le directeur rassemble tout le monde pour leur dire qu’il n’y avait plus d’argent pour les payer et que la mine allait fermer et, pour comble, qu’il n’y avait pas d’argent pour louer un bateau pour sortir les hommes et leur famille de l’île. Pour certains, la situation est désespérée : ils n’ont pas d’argent pour payer leur propre transport et il ne reste plus que quelques semaines avant la prise de la glace. Il est donc possible que les mineurs restent pris sur l’île pendant plusieurs mois.
Les hommes laissés en plan conçoivent un plan pour construire une barge. Ils démontent des bâtiments de la mine pour se servir du bois. Entre le 12 et le 24 septembre 1942, ils construisent une barge qu’ils surnomment “Stinky D”! L’embarcation peut transporter les 25 hommes, femmes et enfants jusqu’à la rive sud du Grand lac des Esclaves puis remonter la rivière Slave jusqu’à Fort Smith.
Ensuite, le plan est de traîner la barge par le portage entre Fort Smith et Fort Fitzgerald et de naviguer en amont de la rivière Athabasca jusqu’à Fort McMurray. De cet endroit, les rescapés pourront prendre le train en direction d’Edmonton. Par contre, tout change une fois la barge rendue à Fort Smith. La plupart des hommes trouvent un emploi pour le compte d’Imperial Oil à Norman Wells ou de l’entreprise de construction de Los Angeles, Bechtel, Price, Callahan. Cette dernière récupérait les matériaux abandonnés après la construction du pipeline CANOL.
Finalement, la compagnie International Tungsten Mines Ltd fait l’acquisition de la mine. Pendant plusieurs années, elle fera d’autres travaux d’exploration mais la mine ne sera jamais rouverte.